Tour 1 · Brise d'Automne

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Après un long et abondant été, l’automne a été des plus trompeurs, durant depuis près de sept mois, et s’annonçant plus long encore selon les Mestres. Dans le Bief, la chaleur torride est rapportée par ménestrels et chevaliers errants, qui fuient la région, désormais dominée par le pacifique Garth XIII Jardinier ; et légumes et fruits de l’été poussent encore en abondance. Dans les Conflans même, ni la chaleur ni les récoltes ne démentissent cet automne factice, mais on sent poindre, depuis quelques semaines, les vents et pluies typiques de la saison dans cette région.

Si le Conflans ne connaît pas les terribles tempêtes d’automne du Détroit, tout porte à croire qu’Arrec Ier Durrandon amène celles plus fameuses de son pays avec lui, car depuis l’annonce il y a quatre semaines d’un tournoi qui se tiendrait à la Grande-Grâce en l’honneur de sa victoire sur les Bieffois l’an dernier, les bourrasques redoublent et une bruine constante humidifie les prés et forêts.

De fait, l’enjeu ne se situe pas tant sur le triomphe que le Roi souhaite partager avec ses « nobles et fidèles vassaux Riverains », car nul n’ignore qu’en trois cent ans, rares sont les souverains de l’Orage à avoir gagné la confiance des gens du Conflans. Non, bien au contraire, ce n’est pas pour fêter une victoire modeste sur quelques bannerets Bieffois que le Roi vient à Grande-Grâce, mais plutôt pour prévenir un prochain conflit.

La rumeur s’est échappée des geôles de Grande-Grâce : un informateur du Roi des Îles de Fer a été capturé à Viergétang, et a révélé que celui-ci projetait d’user des vastes ressources accumulées par son père, Qhorwyn Ier, pour envahir la région. Plus inquiétant encore, un seigneur de la région, dont on ignore le nom, se serait acoquiné avec les Fers-Nés pour les soutenir dans leurs projets d’invasion, et mettre à bas la domination Orageoise.

Si, depuis la dernière rébellion, la situation ne s’est que difficilement apaisée dans la région, les rapports entre Seigneurs Riverains furent tout de même considérablement moins tendus que par le passé. Pourtant, il suffit de cette simple rumeur pour réchauffer rapidement la situation, et tandis que de nombreux seigneurs font l’inventaire de leurs armes et surveillent leur domaine contre toute action ennemie, on sent déjà les vieilles tensions se raviver. Les rencontres entre grandes maisons se multiplient, on cultive de nouvelles alliances, préparant avec hâte ou angoisse le prochain conflit.

Depuis l’invasion Ouestienne il y a 5 ans, aucune vraie guerre n’a éclatée ; et déjà, le sang n’avait pas coulé à flot au moment de l’agression de Loren IV, exceptés pour les envahisseurs eux-même, dont les cadavres bouchèrent pas milliers les eaux de la Ruffurque. Les chiens de guerre de l’Orage, au nom d’un suzerain alors trop jeune pour régner, avaient infligé de cuisantes défaites aux Ouestiens, mais également donné une excellente leçon aux Riverains – en ces terres désunies mais riches et peuplées, c’est la réactivité, l’agressivité, le véritable tranchant d’une armée qui fait remporter la victoire, bien plus que les pesants contingents de seigneurs désunis et de bannerets querelleurs.

Il est notoire que les Fers-Nés du Roi Harwyn Ier tireront leçon de l’événement, et la réputation du Roi lui prête les mêmes défauts qu’on impute à ses vassaux Riverains – indécis, querelleur, mal organisé. Jeune et en quête de vaines glorioles, il se défie de ses vieux conseillers, trop influents et puissants à son goût, et s’entoure de courtisans flatteurs et serviles, plus à même de lui lécher les bottes que de défendre son royaume.

Sa venue à Grande-Grâce est alors, plus qu’une occasion de converser et de raffermir les liens entre seigneurs, le moyen pour chacun de regarder dans le blanc des yeux le jeune souverain et ses nouveaux conseillers, et de se donner une estimation directe des sentiments et pensées de la formidable assemblée de Seigneurs Riverains. Avec le Roi marchent, selon la rumeur, un bon millier d’hommes en armes, ainsi que plusieurs bannerets et courtisans de haut-rang, tandis que par le Col de la Dent d’Or et les Portes Sanglantes affluent de partout francs-coureurs, baladins, mercenaires, marchands, voyageurs et curieux en tout genre, appatés tant par le tournoi et ses festivités que les rumeurs de guerre et d’intrigue.

Sur tout ce petit monde s’abat une pluie en crachin, fraîche et constante, qui, avec les vents et le ciel, annoncent que l’automne touche à sa fin


Nouvelles politiques et rumeurs persistantes

On entend beaucoup parler, dans toute la région, de cet informateur Fer-Né arrêté à Viergétang. Mais les petites gens parlent d’un second espion, tué en tentant d’échapper à des soldats Orageois qui l’auraient vu débarquer de snekkar près de la Baie du Fer-Né. Curieusement, cette rumeur semble originer de la Baie des Crabes plutôt que du nord.

La rencontre, à Vieilleforge, entre les terres Bracken et Nerbosc, du jeune Sire de Corneilla et de son aîné le Sire de la Haye-Pierre, ont été source de réconfort pour beaucoup, qui voyaient en cela une évidente preuve de bonne volonté de la part des deux seigneurs. Si il est vrai que cela fait presque trois générations que le sang n’a pas coulé entre les deux antiques familles rivales, il est notoire que ce genre de querelles ont le caractère des plaies profondes et tourmentées ; la moindre taillade peut les ouvrir à nouveau.

Plus notable encore, la présence des Mallister et des Vance dans le cortège, qui arrivèrent tous ensemble au tournoi, exprimant sans aucun doute la nécessité pour les Seigneurs Riverains d’échanger sur les dernières nouvelles, et de se préparer à l’événement. Pour certains, cela est sans doute une manœuvre similaire à celle des seigneurs Lychester et Mouton, qui arrivèrent ensembles au tournoi, accompagnés des Herpivoie, Vyprin et Bonru – un cortège de maisons réputées loyales à Arrec Ier et proches du Gouverneur du Conflans, Monfryd Storm.

Les premières tempêtes de l’automne se sont déclarées dans le Détroit et en Essos, imposant une trêve opportune entre les belligérants d’un conflit qui fait rage depuis la chute de Valyria. Les « Guerres Volantaines » comme on les nomme voient surtout s’opposer de vastes forces de « Compagnies Libres », confréries de mercenaires combattant pour l’or et la réputation, et accueillant régulièrement aventuriers et exilés de Westeros.

Alors que le «Démon d’Alluves » était en déplacement pour une visite de courtoisie, des petites gens des rives de la Ruffurque ont célébré son passage par des fêtes et des lancers de fleurs. Bien que le Sire de Vieille-Pierres n’ait visiblement pas traversé ni rencontré ces gens, les manants concernés ont été durement punis par quelques sbires Orageois pour avoir adoré Amos sous son nom de traître : Amos Ier d’Alluves, Roi des Rivières et des Collines. Malgré le fait évident qu’on trouve dans la populace de nombreux soutiens de l’ancien rebelle, il est probable que la rumeur ne soit qu’une supercherie inventée par quelques partisans.

Dans les régions dépeuplées à l’est de la Verfurque, exposées aux descentes fréquents des clans des Montagnes de la Lune, qui déboulent des contreforts montagneux pour piller et ravager la région, on signale une recrudescence du commerce et même le défrichement de nouvelles terres d’élevage. De fait, les clans des Premiers Hommes chassés du Val d’Arryn par les envahisseurs Andals il y a des siècles et des siècles, ont cessé leurs assauts depuis quelques temps, divisés en querelles internes. Virulents et féroces, ils sont bien équipés depuis l’échec lamentable de l’expédition d’Artys Arryn, l’autoproclamé « Champion du Guerrier » flagorneur et bonimenteur qui avait conduit ses quelques centaines de braves dans un pétrin remarquable de part ses excès de confiance et son manque d’organisation. Depuis qu’ils se sont retirés, le commerce reprend plus aisément entre le Nord et le Trident – les caravanes franchissant le Neck étant depuis obligés de s’arrêter dans la région des Jumeaux.