Pour une lecture par le haut de l'histoire des classes sociales

NdA : Ce texte a été initialement posté sur Discord le 9 Décembre 2020

Ce n’est pas un sujet qu’on peut aborder aisément, et il n’y a pas un texte qui lui soit dédié, une théorie politique qui se consacre à cet effet là. Mais c’est un aspect marquant de la théorie critique situationniste que d’avoir renversé la vapeur sur ce sujet, et à ce titre, c’est une lecture fidèle à ce qu’était le Marx des origines, mais aussi à ce que toute théorie historique sérieuse se doit de produire comme position pratique à adopter.

Il convient d’abord de balayer les falsificateurs-récupérateurs de notre époque sans idée : pour les maigres discours des “activistes” de la justice sociale, de l’égalité, de la sociale-démocratie ou de toute autre marchandise avariée, et les pavés jargonnants des universitaires, la même fosse à purin gestionnera la digestion par l’histoire de ces incapables de la critique. Voulant détenir le monopole de la morale juste pour les uns, et de la compréhension du monde pour les autres, ils partagent une absence de conscience de soit, d’extériorité, de rapport direct même aux parties dites “sous-développées” du monde. Ils acceptent toutes les divisions artificielles, les catégories pré-conçues, les valeurs modernes, bref toutes les catégories de la société actuelle. Leurs doctrines et enseignements n’ont d’intérêt que pour se complaire dans la très passive consommation du savoir marchand, celle des spectateurs les plus inactifs de notre époque, incapable de même formuler ou prévoir un changement massif, mais persuadés d’être parmi les plus élevés de leur temps.

La théorie politique révolutionnaire n’est pas un discours larmoyant sur la pauvreté et la misère, n’est pas un réquisitoire contre l’inégalité, n’est pas une martyrologie des idéologues tués, n’est pas une énumération de défaites et d’abandons, et n’est sûrement pas un putain de tribunal de l’histoire

Le capitalisme n’est pas un horizon indépassable, et la plupart de ses dogmes et doctrines doivent être compris, intégrés puis écrasés dans l’esprit de ceux qui cherchent à se projeter sur la possibilité d’une révolution et d’une conscience historique de l’époque. Mais il s’agit également de visualiser tout ce qui dans les catégories basiques de notre époque sont consubstantielles à son système économique, qui domine désormais la totalité de la planète et la majeure partie de la vie sociale de ses habitants, à plus fort effet en occident et dans les sociétés industrielles avancées que partout ailleurs. L’atomisation croissante, l’absence de collectif à l’échelle même locale, l’anomie totale, le salariat et ses nouvelles formes (auto-entreprise, digitalisation, intérim/paupérisation) sont des traits très liés à cette absence de conscience mentionnée plus haut.

Toutes ces catégories de bases caractéristiques de la société industrielle et des valeurs capitalistes (ainsi, dans une mesure plus visible et évidente, que celles des démocraties bourgeoisies et du républicanisme, hégémoniques) sont donc à critiquer avant d’entamer toute démarche de formulation/construction des convictions individuelles et de la théorie politique révolutionnaire. C’est en quelque sorte l’arrière-garde de l’aliénation, les nombreuses déformations qui s’imposent à nous et rendent difficile tout travail sur soit qui sorte des sentiers battus : valeurs pré-conçues, notions pré-supposées, difficultés à dialoguer, difficultés à s’autonomiser dans notre capacité de travail et d’échange, difficulté à s’émanciper des addictions (écrans bleus notamment) et difficulté à créer du lien social (miskin votre sociabilité à tous, vous avez combien d’amis pour qui vous éprouvez un lien fort et avec qui vous expérimentez des trucs réels?).

J’arrête là pour les énumérations, ça devient fatiguant et on perd de vue l’objet.

Il s’agit de commenter l’histoire de la lutte des classes avec deux attentions particulièrement scrupuleuses :

  • la première est de considérer le prolétariat comme (seule) classe révolutionnaire. Ce qui définit cet état n’est pas une injustice subie, mais bien une situation d’exploitation et de misère sociale partagée, qui rend possible une prise de conscience collective (l’intérêt à s’émanciper est bien là, et les injustices existent bien qu’elles ne doivent pas être l’objet d’attention). Vient ensuite le nombre, la force, la créativité, tout ce qui fait qu’en plus d’avoir les moyens de se reconnaitre dans sa situation de mise en marge de la vie, la classe révolutionnaire a les moyens de tout renverser.
  • la seconde est d’envisager toute démarche révolutionnaire comme nécessairement subordonnée à cette considération, et à en déduire, de là, que toutes les positions sont pratiques et pragmatiques, mais dans une perspective individuelle.

Clarifions là dessus.

Il faut considérer l’humanité, l’homme, comme mesure de toute chose, et considérer toute chose à partir de soit ; se choisir comme centre du monde, en marquant les limites précise de cette autorité ; son parcours individuel, sa place dans le cours du temps, ce qu’on a fait, connu, expérimenté, ses passions dominantes, ses affects et ses limites. De tout ça découlera une attitude sereine et une lecture épurée de tout doute sur la conduite à tenir, et de tout le lot des imbéciles subissant les contradictions entre la vision du monde qui leur est imposée et celle qu’ils se cultivent pour eux même : auto-flagellation, incertitudes graves, projets faussés, besoin de charité, besoin de s’inventer des mensonges faciles, ingratitude envers l’autre.

La liberté a atteindre ne peut être que collective ; quiconque la souhaite ardemment n’a donc pas à se mépriser d’être né dans une classe qui paraît ne pas être totalement prolétaire.

Il n’y a pas de mensonge, même flatteur, qui nous aidera dans cette émancipation. Il n’y a pas non plus de morale qui résiste au cours du temps, de pacifisme et de statut-quo qui ne fasse pas autant de mort par la misère que la révolution par la guerre et la terreur ; et même là dedans, compter les cadavres reste un exercice superficiel. Comme on l’a dit, nous ne sommes pas là pour juger l’histoire, ses gagnants et ses perdants, mais bien pour la commenter, avec la volonté d’en tirer des leçons, des outils et des méthodes. L’objectif à terme est de briser l’état des choses existant, de le renverser intégralement et de changer le cours de la vie de chacun. Les moyens ne sont critiqués que par les garants du statut-quo : ce sont les intentions qui comptent, et qui définissent les effets réels de la politique menée. Terrasser le vieux monde ne se fera pas sans effusion de sang, car quand l’intérêt de deux partis ne peut être concilié, c’est l’épreuve de force qui décide.

La seule légitimité se trouve au bout du fusil ; c’est la force, le pouvoir et la domination qui établiront d’une manière ou d’une autre les justifications nécessaires à la pérennité de la nouvelle domination - cela se fait toujours en relation aux pouvoirs existant, et à l’épreuve du temps, mais cela fonctionne toujours. Une mafia, quelques tribus avec AK et pickup, l’état d’Israël ou une bureaucratie sub-saharienne ne procéderont pas différemment : ceux que la force a soumis dans le giron d’une puissance constituée, les mensonges, les mythes et les divisions relèveront avec fausse dignité pour faire accepter le nouvel état des choses. Les armes et l’autorité morale sont la mesure de la puissance d’un état ; et c’est pour cela que la seule paix qui compte pour les états modernes, c’est la paix sociale, à l’intérieur des territoires contrôlés. Le soldat n’est jamais bien loin du prêtre, quand les mensonges et l’idéologie ne peuvent faire digérer une situation matérielle ou morale trop inacceptable.

Il faut donc s’affranchir de ces outils là, de la domination moderne de l’état, la partie qui se prend pour le tout - la classe des gestionnaires de la société, formée par la classe dominante comme superstructure de la domination, pour réguler, réglementer et maitriser la nation et les sociétés qui lui sont intégrés.

Il serait superficiel d’énumérer les raisons logiques, les intérêts matériels inconciliables, les choses froides de l’idéologie, qui font qu’aucun changement durable n’est possible dans le cadre de l’état moderne ; la démocratie bourgeoisie est la stabilité absolue des intérêts du système économique dominant, qui a atteint toute sa grandeur mené par une quarantaine de républiques, auxquelles étaient subordonnées une centaine d’états très similaires. Mais bien au delà de son imperméabilité aux changements de système politique, la démocratie bourgeoise est le cadre dans lequel toutes les questions sont posées n’importe comment, le cadre des traîtres vendant au rabais les intérêts du prolétaire, des opportunistes s’incarnant dans des combats sans avenir pour consommer de la culture politique, le cadre des fausses-questions politiques, des fausses-divisions racistes, des fausses-entreprises de lutte contre les fléaux choisis du monde moderne - terrorisme, inégalités dans la représentation, manque de foi en la science et en le progrès, manque de foi en les gouvernants.

La révolution est la seule option envisageable. Il n’y a pas à s’en alarmer : c’est peut être la réalisation la plus haute que pourraient atteindre la horde des anomiques et des individualistes de notre siècle, la plus haute prétention de peuples submergés par le statut-quo imposé, par la pacification de la société. Toute “lutte des classes” est modérée en “mouvement social” par les sociaux-traîtres à une mise en scène d’affrontements défensifs perdus d’avance, menés par quelques organisations opportunistes au service des classes dépossédées.

Thèse 101 de la société du spectacle

Dans toutes les révolutions antérieures, écrivait Rosa Luxembourg dans la Rote Fahne du 21 décembre 1918, les combattants s’affrontaient à visage découvert : classe contre classe, programme contre programme. Dans la révolution présente les troupes de protection de l’ancien ordre n’interviennent pas sous l’enseigne des classes dirigeantes, mais sous le drapeau d’un “parti social-démocrate”. Si la question centrale de la révolution était posée ouvertement et honnêtement : capitalisme ou socialisme, aucun doute, aucune hésitation ne seraient aujourd’hui possibles dans la grande masse du prolétariat. » Ainsi, quelques jours avant sa destruction, le courant radical du prolétariat allemand découvrait le secret des nouvelles conditions qu’avait créées tout le processus antérieur (auquel la représentation ouvrière avait grandement contribué) : l’organisation spectaculaire de la défense de l’ordre existant, le règne social des apparences où aucune « question centrale » ne peut plus se poser « ouvertement et honnêtement ». La représentation révolutionnaire du prolétariat à ce stade était devenue à la fois le facteur principal et le résultat central de la falsification générale de la société.

Thèse 115 de la société du spectacle

Dans ce développement complexe et terrible qui a emporté l’époque des luttes de classes vers de nouvelles conditions, le prolétariat des pays industriels a complètement perdu l’affirmation de sa perspective autonome et, en dernière analyse, ses illusions, mais non son être. Il n’est pas supprimé. Il demeure irréductiblement existant dans l’aliénation intensifiée du capitalisme moderne : il est l’immense majorité des travailleurs qui ont perdu tout pouvoir sur l’emploi de leur vie, et qui, dès qu’ils le savent, se redéfinissent comme le prolétariat, le négatif à l’oeuvre dans cette société. Ce prolétariat est objectivement renforcé par le mouvement de disparition de la paysannerie, comme par l’extension de la logique du travail en usine qui s’applique à une grande partie des “services” et des professions intellectuelles. C’est subjectivement que ce prolétariat est encore éloigné de sa conscience pratique de classe, non seulement chez les employés mais aussi chez chez les ouvriers qui n’ont encore découvert que l’impuissance et la mystification de la vieille politique.

Cependant,quand le prolétariat découvre que sa propre force extériorisée concourt au renforcement permanent de la société capitaliste, non plus seulement sous la forme de son travail, mais aussi sous la forme des syndicats, des partis ou de la puissance étatique qu’il avait constitués pour s’émanciper, il découvre aussi par l’expérience historique concrète qu’il est la classe totalement ennemie de toute extériorisation figée et de toute spécialisation du pouvoir. Il porte la révolution qui ne peut rien laisser à l’extérieur d’elle-même, l’exigence de la domination permanente du présent sur le passé, et la critique totale de la séparation ; et c’est cela dont il doit trouver la forme adéquate dans l’action. Aucune amélioration quantitative de sa misère, aucune illusion d’intégration hiérarchique, ne sont un remède durable à son insatisfaction, car le prolétariat ne peut se reconnaître véridiquement dans un tort particulier qu’il aurait subi ni donc dans la séparation d’un tort particulier, ni d’un grandnombre de ses torts, mais seulement dans le tort absolu d’être rejeté en marge de la vie.

— interlude pour préciser quelques termes —

  • affirmation autonome -> conscience et désir de réalisation du projet révolutionnaire par la dictature du prolétariat
  • extériorisation -> faire passer le pouvoir a l’extérieur de la masse
  • négatif -> la tension négative dans la lutte des classes, donc la contradiction dans l’évolution du système dominant
  • subjectivement -> en conscience active, dans la pensée collective et immédiate (une conscience objective serait donc une compréhension qui n’est pas formulée ou intégrée clairement dans la mentalité mais est bien réelle)
  • spécialisation du pouvoir -> limpide, quand quelqu’un est spécialisé dans le contrôle ou le pouvoir (en tant que représentant du prolétariat, de l’état)

— fin de l’interlude —

Le prolétariat, comme sujet historique, a perdu toutes ses luttes. L’état du monde actuel, son avenir miséreux et la misère présente de toutes les catégories d’habitants déjà superflus, d’anomiques et de névrosés, de dépossédés et d’abrutis, est un désaveux complet de tout ce que les sociaux-démocrates ont formulé comme mensonge. Les idiots qui aujourd’hui encore récupèrent les vieux mythes d’une lutte pour le peuple menée par quelques spécialistes de la vieille politique bourgeoise, qui méneront une poignée de réforme à terme - même ça, ils n’y sont pas parvenu - sont parmi les imbéciles les plus aliénés. L’électeur de droite, lui, est en droite d’attendre quelques petites choses de son candidat, qui bien souvent favorisera effectivement la position de ceux qui l’ont soutenu. L’électeur de gauche ne sert qu’à vendre des mensonges à plus pauvres que lui, et a produire du temps libre pour plus riche que lui.

Ce même électeur a développé, de part son imbécilité flagrante, son rejeton désabusé en la personne des activistes de notre siècle, dont l’action politique fait parfois éclat, et se heurte aux plus conservateurs de la population, mais se trouve bien incapable de dépasser les contradictions dont il est issu. L’activisme moderne connait, au mieux, la “radicalité”, une façon en gros d’être social-démocrate et de ne pas s’en vouloir trop de ne servir à rien - puisque de l’énergie est effectivement gaspillée, mais en manifestations actives plutôt qu’en passivité désemparée. Ainsi, mieux vaut une manif ratée qu’une association de droits de l’homme raté ; mieux vaut un tag qui vous envoie en prison que des années perdues à militer pour un parti d’opportunistes ; mieux vaut foirer ses études pour faire de la mauvaise activité politique que perdre son temps à un hobby sans intérêt. L’accumulation matérielle n’est de toute manière plus possible pour la jeune génération, sans travail, sans volonté de gagner de l’argent, sans foi.

Et il est dans l’habitude de ce rejeton activiste de chercher à développer un courant théorique plus radical mais ici aussi similaire en terme de décrépitude et de vacuité. En bref, il faut avoir sa propre idéologie creuse, et, remontant aux sources du socialisme l’insatisfaction qu’il ressent vis à vis de cette idéologie molle, il se passionne pour une version adaptée à son environnement social des théories révolutionnaires anarchistes ou communistes.

Ne lui viendrait pas alors l’idée d’envisager sérieusement les étapes nécessaires à une révolution ou une prise de conscience sur le modèle des idéologies choisies. Il s’agit avant tout de relire l’histoire à l’aune de cette nouvelle toute-puissance radicale, et de classer en bons, mauvais, conservateurs et traîtres les différents participants de tous les événements précédents de cette histoire politique. Il faut avoir sa liste de martyrs et de héros ; une liste d’auteurs admis, dont on se penchera vaguement sur le livre le plus connu ainsi que la page wikipedia ; une liste d’événements constitutifs à apprendre par coeur ; et des idées mémorisées pour établir une continuité artificielle entre les penseurs d’origine et l’activiste actuel.

C’est une réalité qui s’étend sur toutes les zones de la consommation de culture politique, plateaux télés, réseaux sociaux, groupes de discussion et journaux ; celui qui a son intérêt à affirmer systématiquement n’importe quoi, le dira toujours n’importe comment. Puisque la fonction de ces drapeaux creux et de ces idéologies sans-substance est simplement de consommer bêtement du propos mal digéré, d’agiter des idées pour mieux rester entre-soit ou se convaincre soit même, de se satisfaire de sa propre inconséquence en mettant en scène sa propre culture politique, bref, vivre dans le spectacle de ses idées, et dans la réclusion idéologique : pas besoin de propos, pas besoin de projection, pas besoin de théorie ou de pratique, il ne s’agit que de répéter les mêmes conneries.

L’exposé d’une perspective révolutionnaire ne doit jamais se limiter à la répétition de quelques vérités définitives, à l’assertion permanente, mais doit se livrer à un exposé scrupuleux et froid de l’état des choses. Il s’agit d’étudier le monde avec rigueur, de se livrer à une analyse qui reprend tous les outils utiles de la théorie historique et de l’étude des mouvements précédents, de conclure avec pragmatisme sur les possibilités, l’intérêt qu’on peut en tirer, et la conduite à laquelle se tenir.

Le révolutionnaire, nous en parlerons plus en avant, ne peut se flatter de déclencher, et sûrement pas de diriger, les actes décisifs de la révolution tant que celle-ci n’existe pas encore, même de manière latente. Son travail est de préparer les questions qui devront se poser, et de donner une réponse à celles qui se posent déjà. D’anticiper les besoins et les difficultés du processus révolutionnaire, toujours dans le souci de changer le monde. D’anticiper également les traitrises, les faux aboutissements du processus, la constitution d’une nouvelle classe dominante, d’une idéologie révolutionnaire trompeuse, de l’activité aliénée des syndicats et des partis, des avant-gardes de propriétaires de la révolution qui signeront son avortement en proclamant, trop tôt, sa réussite pour en confisquer les quelques bénéfices.

Trier ceux qui ne sont pas révolutionnaires mais prétendent l’être, ceux qui affectent de participer à la révolution pour la confisquer, ceux qui ne sont pas révolutionnaires mais prétendent réclamer le monopole utile des figures et penseurs, et ceux qui n’ont tout simplement pas les moyens de le devenir, n’est pas un procédé très difficile. La dissonance cognitive de ces charognes se manifeste par : leur manque de culture flagrant, leur étroitesse d’esprit vis à vis de courants portant des idées similaires à celles qu’ils affichent, la nécessité pour eux d’invoquer quelques mensonges fondamentaux pour échapper aux justes critiques sur les dogmes qu’ils adorent, leur amour malsain pour quelques bouchers sanglants et/ou incapables notoires (Staline, Trotsky, Bourdieu, Sartre, Luxemburg, Jaurès…).

On peut aller plus loin et saisir tout ce qu’il y a de pittoresque dans les occupations et le mode de vie de ces activistes plus ou moins passifs : la participation régulière à des événements purement démonstratifs, sans impact réel ; l’absence d’idée claire de la manière de relier la situation actuelle et la théorie politique qu’ils apprennent par coeur ; leur habilité à se policer entre eux ; les purges fréquentes ; le nombre de guignols, d’agresseurs et de mythomanes pathologiques dans leurs groupes ; leur faible nombre d’amis en dehors des structures-noyau (parti, syndicat, fac, groupe politique, cercle social virtuel) ; leur tenue stéréotypée ; leurs tentatives pathétiques de se vêtir et de se comproter d’une manière à échapper à l’identification immédiate de leurs origines petites bourgeoises.

Là encore, ce sont toutes les catégories de l’aliénation capitalistes qui se présentent, moisissant dans l’esprit jamais lavé de ces militants. Aucune activité réellement révolutionnaire ne laisserait des êtres humains se comporter d’une manière aussi superficielle, manifester une si faible variété d’intérêts. Ils ne peuvent qu’à peine se flatter d’être endurci par leurs confrontations avec la police ou par les divisions politiques internes, qui ne se manifestent ouvertement que très rarement au sein d’une même structure.

La perspective révolutionnaire est présente chez de nombreux gens, qui, en apparence n’en empruntent que quelques idées, n’ayant qu’un peu d’affection pour l’idée même et ses penseurs, et se préoccupant peu de choses politiques. Mais dans le caractère égal, l’espoir parfois réellement assumé et surtout le caractère volontariste et critique de ces gens là, on reconnait la marque de personnes sincèrement convaincues et parti prenantes d’une décolonisation de la vie quotidienne et de leur situation actuelle.

Les plus authentiques révolutionnaires sont ceux qui font la révolution ; il ne s’agit pas de ceux qui agitent des drapeaux vidés de substance, et sans doute pas non plus des énergumènes vaguement puristes qui déblatèrent à tout va dans des cercles fermés (niquez vous quand même). Quant aux organisations révolutionnaires, ce sont celles qui ont l’ambition, les convictions et la recherche active des moyens d’un processus révolutionnaire. Qui en préparent la théorie politique, les armes et les recherches. Une telle organisation n’existe pas encore ; mais on en trouve le potentiel dans les nombreuses convulsions de la société française moderne, de plus en plus réactive et insatisfaite, et trouvant dans les plus démunis des victimes du tournant du 21ème siècle l’avant-garde réelle : celle qui perce les lignes du mensonge de notre incapacité à nous gouverner nous même en allant au contact en 2018. Pas seulement par le formidable siège de Paris, qui eut lieu tous les samedi pendant un an et culmina par le pillage des quartiers riches, mais bien également par toutes les formes revitalisées de la vieille politique inepte : assemblées, discours, slogans et occupations reprenant sens et forme.

Et puisqu’il faut achever cette diatribe d’injures interminables par une note positive, pourquoi serait-il exclu que tous ceux qui pratiquent sous des formes aliénées et inconséquentes la politique vidée de sa substance d’auourd’hui, deviennent à leurs tours des membres épanouis et actifs de la prochaine grande contestation du mode de vie actuel?

Texte 1 - Définition minimum des organisations révolutionnaires (Revue situationniste)

Texte 2 - Le seul critère de l’émancipation humaine (Clément Homs)

Texte 3 -La politique n’est pas la solution (Anselm Jappe)

Texte 4 - Conditions minimales d’un mouvement révolutionnaire (Lisez Véloce)