Contrôliste

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Colonisation spatiale et écologie radicale

Il est convenu aujourd’hui d’opposer conquête spatiale et écologie radicale. Ces deux concepts appartiennent bien à deux conceptions du monde très différentes. Et pourtant, quitte à incarner une contradiction, j’ai envie de me livrer à l’exercice de réconcilier ces projets qui me tiennent tous les deux à cœur.

Aujourd’hui, la recherche et l’industrie autour de l’aérospatial exige une industrie de pointe, qui suppose une économie mondialisée, une division du travail rigide et tout un tas d’autres caractéristiques d’une société profondément productiviste, hiérarchique et destructrice pour l’environnement et les individus.

L’aérospatial a toujours été cul et chemise avec l’industrie militaire. Nous avons eu des fusées parce qu’il nous fallait des missiles. La conquête spatiale est le cheval de Troie de la course à l’armement et c’est quand celle-ci s’est ralentie que les ambitions impérialistes des scientifiques se sont calmées.

Bref, l’espace, ça n’a jamais vraiment été environnementaliste, de gauche ou même simplement émancipateur. Dans le capitalisme tardif, c’est d’ailleurs eux - les capitalistes - qui portent le rêve de la conquête habitée. Même si les fantasmes qu’ils nous vendent sont bien plus tièdes que dans le temps de la Guerre Froide, c’est à leur tour de continuer le spectacle avec des gros pétards.


Pourtant, c’est amusant de constater que les scientifiques aspirent à la même chose que les adeptes d’autonomie. Comment imaginer des missions longue durée vers Mars ou au-delà sans une compréhension parfaite des cycles biologiques ? Comment vit-on dans un environnement parfaitement fermé, qui ne tolère aucune perte, aucun déchet, où absolument tout doit être recyclé ?

Si l’esthétique, les moyens et l’idéologie n’ont rien à voir, on peut concéder qu’il y a des rapprochements possibles. Une station spatiale capable d’être autonome en ressources en orbite, c’est un habitat en parfaite harmonie avec son environnement sur Terre.

Encore mieux, c’est beaucoup plus simple d’atteindre l’autonomie totale ici que là-haut. On peut donc imaginer que les techniques développées pour la colonisation habitée pourraient vraiment améliorer la qualité de vie des gens dans un contexte de décroissance.

Dans un futur particulièrement lointain, où les ressources de l’espace sont à notre portée et où les chantiers orbitaux permettent de construire au-delà du puit de gravité, les industries sont déplacées en orbite. Les usines sont entièrement automatisées, toutes les ressources proviennent de la ceinture d’astéroïdes. L’abondance tombe littéralement du ciel.

Ses cicatrices ainsi effacées, nous pourrions refaire de la Terre un jardin.

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