Un libriste vous emmerde avec Linux
À la base ça devait juste être quelques notes et un petit tutorial, je me suis laissé emporter et je crois que c'est devenu autre chose. Les questions brulantes de notre temps, dans un petit manuel accessible et à jour.
Préface
Des années à acheter et être des consommateurs nous conditionnent à un certain nombre d’attentes et d’attitudes. Nous sommes habitués à être traités comme des clients et à considérer tous les outils que nous utilisons comme des produits. Pour l’utilisateur-consommateur moyen, l’incompréhension ou l’adaptation est vécu comme une violence. C’est l’outil qui doit s’adapter à nous et non pas l’inverse. Toute friction représente du temps perdu et le temps, c’est de l’argent.
Si tu viens ici avec cet état d’esprit, passe ton chemin. Mettre un pied dans cet écosystème, c’est mettre un pied dans une logique tout à fait différente de ce que la plupart des gens ont toujours connu. Ici, la frontière entre l’utilisateur et le concepteur se brouille. Si l’on prend sans jamais rien rendre, cela nuit à tout le monde. Ce texte est une de manière pour moi de rendre, parce que j’ai tant pris.
Cette différence philosophique est rarement abordée dans les textes et guides qui parlent de Linux et du logiciel libre, mais elle est selon moi fondamentale et à l’origine de beaucoup d’incompréhensions. Il ne faut vraiment pas approcher tout ce monde-là avec l’angle d’un consommateur, mais avec celui d’un artisan. Tout ne sera pas facile ou intuitif. Il va falloir apprendre à connaître et transformer son système. Il va falloir se saisir de l’outil.
Quelques raisons de quitter Windows
- Windows 11 : Microsoft pose les bases de l’IA agentique dans son OS tout en prévenant qu’elle pourrait installer des logiciels malveillants sur votre PC : l’automatisation arrive plus vite que la sécurité
- Une nouvelle faille de sécurité a été découverte dans l’application Bloc-notes de Microsoft pour Windows 11, causée par ses dernières fonctionnalités « innovantes », notamment Markdown
- Windows 11, OneDrive et l’enfer du cloud : Microsoft a bloqué le compte d’un utilisateur, lui coupant l’accès à 30 ans de souvenirs numériques et de travaux professionnels « sans aucun recours légitime »
- Windows 11 performs worse than older Windows versions in nearly every benchmark
- New Windows AI feature records everything you’ve done on your PC
- Microsoft is stuffing pop-up ads into Google Chrome on Windows again
- 14 features you should disable on Windows 11
- Don’t want Windows 11 25H2? Too bad. Microsoft is forcing it on some PCs
Comment choisir une distribution ?
Linux, ce n’est pas un système d’exploitation. C’est un noyau pour un système d’exploitation. Il faut voir ça comme un moteur pour une voiture, c’est bien, mais il reste toute la caisse autour à construire. Le reste de la caisse, ce sont les différents logiciels et applications qui complètent le noyau. Par exemple, sous Windows (ou MacOS), il n’y a qu’un seul tableau de bord, qu’on connait bien. Mais quand on utilise Linux, et bien, il peut y avoir toutes sortes de tableaux de bords différents.
En théorie tout le monde adore avoir le choix et la diversité, dans les faits cela signifie que pour le moteur Linux, il y a plusieurs modèles de voitures différents et tout le monde dans le milieu à ses petits aprioris et ses petites préférences. Chaque “modèle de voiture”, on appelle ça une distribution (de l’époque où Linux était “distribué” sur des CDs, accompagnés de différents logiciels choisis par le distributeur). Plutôt que de vous faire une liste toute faite de distributions, je vais vous donner quelques éléments pour les comparer (et vous donner une liste toute faite parce que j’ai mon avis quand même, il faut pas déconner)
- La qualité de la documentation. L’idéal, c’est d’être un peu autonome et ne pas dépendre de votre pote libriste pour tout et n’importe quoi. Les distributions ont en général des manuels ou des wikis qui donnent des conseils d’utilisation.
- La taille de la communauté. Vous allez avoir des problèmes et souvent la documentation ne suffit pas. Plus la communauté est grande, plus les chances que quelqu’un ait le même problème que vous (et qu’il ait déjà été résolu) sont grandes.
- Le modèle de déploiement. Certaines distributions publient constamment des mises à jour, ce qui permet d’avoir toujours la dernière version des logiciels, au prix de ne pas forcément savoir si votre ordinateur va redémarrer. D’autres distributions publient des mises à jour beaucoup moins souvent, mais font énormement de tests pour être sûr que tout fonctionne parfaitement.
- La gouvernance. Certains projets sont gérés par des entreprises, d’autres par des collectifs de volontaires.
- L’ancienneté. A moins de savoir dans quoi on s’engage, il faut mieux éviter les projets trop jeunes qui fonctionnent à la hype et surfent sur des effets de modes.
Distributions recommandées
- Debian. Distribution stable, mature avec une très grande communauté et de belles valeurs. La moitié des distributions sont basées sur Debian.
- Arch. Distribution respectée avec une documentation excellente. Une expérience DIY avec un système en kit a assembler soi-même, plus difficile d’accès mais on apprends beaucoup et vite. L’autre moitié des distributions sont basées sur Arch.
- Fedora. Distribution semi-corporate moderne. Une expérience clé-en-main plutôt pas mal avec un nom affreux.
Installer des applications
Dans Windows, quand on veut installer un logiciel, on se rends sur le site du logiciel, on télécharge un installateur et puis voila. Sous Linux, c’est un peu différent. En général, ça ressemble plus à ce qu’on peut trouver sous Android ou chez Apple. En général on a une application qui s’appelle “Logiciels” où on a accès à un catalogue d’applications et c’est pas plus compliqué que ça. Mais en gros, pour aller dans le détails, il y a deux manières principales d’installer des applications :
D’une part, on peut utiliser le gestionnaire de paquets de sa distribution. C’est un petit logiciel qui va chercher les logiciels et les mises à jour sur des dépots entretenus et gérés par les gens derrière votre distribution (d’où l’importance de se renseigner sur la gouvernance et le modèle de déploiement). C’est avec ça que votre système se met à jour.
D’une autre part, on a des canaux de distributions tiers, comme Flathub qui permet aux développeurs eux-même de distribuer leurs logiciels sur un marché commun à toutes les distributions. Les logiciels installés de cette manière utilisent la technologie flatpak et fonctionnent dans un bac à sable qui n’expose que le strict nécessaire par mesure de sécurité.
Dans la majorité des cas, ça revient au même. Peu importe ce qu’on utilise pour installer le logiciel, il fait son taff. Mais il faut mieux savoir ce qu’on installe. Par exemple, si on installe Steam avec Flathub, tout ce qui concerne les jeux, les fichiers de configurations, de sauvegardes ect, sera dans un répertoire séparé et un peu caché.
Le terminal et les lignes de commande
En 2026, savoir utiliser un terminal n’est pas obligatoire pour utiliser Linux. Un terminal, c’est cette petite fenêtre noire qui nous permet de taper des commandes pour faire des trucs sur notre PC. Si il y a des terminaux sous Windows et MacOS aussi, Linux par son côté plus ouverts et DIY entretiens une relation plus étroite avec ce type d’interface.
Il n’y a aucune raison d’avoir peur du terminal. Au contraire, grâce à lui, presque tout dans l’ordinateur et son fonctionnement peut être changé en une seule commande. Son utilisation est optionnelle, puisque presque tout ce qu’on peut faire avec peut aussi être fait (de manière un peu plus laborieuse) avec une interface graphique conventionnelle.
Tu devrais quand même essayer de l’utiliser un peu, puisque le
terminal est un des réel point fort de Linux, et pas que pour les
développeurs. Il est beaucoup plus agréable de copier des grandes
quantités de fichiers avec la commande rclone ou de
télécharger des vidéos youtubes avec yt-dlp que de le faire
avec une interface graphique. Attention cependant, avec de grands
pouvoirs on tire sur l’ambulance de la peau de l’ours.
Tout est un fichier
Dans Linux, everything is a file. Absolument tout ce qui concerne la machine peut être manipulé, ce qui signifie qu’on peut faire des trucs stupides comme envoyer du son aléatoire dans ses hauts parleurs ou contrôler la couleur des LEDs de son PC en modifiant un fichier texte.
Les utilisateurs de Windows auront l’habitude de plusieurs disques dur chacun identifiés par une lettre. Dans Linux, ce n’est pas le cas. A la place, on défini des points de montages. Chaque disque dur corresponds à un répertoire sur l’ordinateur.
L’arborescence d’un système Linux commen à la racine, /.
On trouve ici plusieurs répertoires qui ont chacun
un rôle précis. La configuration du système est stockée dans
/etc, les fichiers exécutables dans /bin et
les données de l’utilisateur dans
/home/<nom de l'utilisateur>. L’utilisateur va passer
la majorité de son temps dans son /home à lui, qu’on va
représenter sous la forme ~. Dans ce dossier, on va trouver
les habituels ~/Images, ~/Téléchargements ou
~/Documents, mais aussi des trucs un peu plus exotiques et
inhabituels comme ~/Modèles qui permet de définir des
templates de documents vides qui s’afficheront quand on fera
Clique droit => Nouveau document.
Pour revenir aux points de montages, ça veut dire que si vous avez
deux disques durs, vous pouvez demander au système de faire en sorte que
tout votre système (c’est-à-dire la racine /) soit stocké
sur Disque dur A et que toutes vos données personnelles (donc
/home) soient stockées sur Disque dur B.
Jouer sous Linux
Oui, on joue très bien sous Linux. Plus de 70% des jeux sortis sur Steam fontionnent sans ajustements. Tu installes Steam, tu lances le jeu et il fonctionne. Il y a 10 ans, les choses étaient bien plus compliquées et la situation continue de s’améliorer grâce à Valve et à son Steam Deck, mais on doit surtout remercier le travail acharné des volontaires derrière Wine.
Les problèmes viennent essentiellement des logiciels anti-triche. Certains jeux multijoueurs comme League of Legends, Valorant ou Rainbow Six Siege ne fonctionnent pas sous Linux. Ces jeux utilisent des logiciels anti-triche qui se comportent comme des virus et qui représentent un danger pour la vie privée et les données des joueurs, ce qui veut dire qu’on a pas forcément envie que ce “problème” soit résolu.
Si c’est un vrai problème pour vous, laissez moi vous poser la question : qu’est ce que vous êtes prêts à sacrifier pour pouvoir jouer à ces énormes jeux multijoueurs compétitifs aliénants infestés de tricheurs ? On peut pas à la fois vouloir lâcher Windows parce que ce logiciel nous prends pour des pigeons et vouloir jouer à des jeux qui nous traitent comme des imbéciles.
Faire de la création graphique sous Linux
Oui, on peut faire de la création graphique sous Linux, mais il faut être prêt à faire certains sacrifices et apprendre de nouveaux logiciels. La suite Adobe ne fonctionne pas et on ne devrait pas avoir envie qu’elle fonctionne puisque Adobe est également une entreprise affreuse avec des pratiques commerciales prédatrices.
Le milieu est en train de connaître une petite révolution avec pleins de nouveaux projets biens conçus, avec des interfaces modernes et des idées nouvelles, comme Graphite, PixiEditor. On trouve aussi des logiciels un peu à cheval entre les générations, comme Krita ou Blender qui ont évolué rapidement pour devenir des références de leurs milieux respectifs.
Je pourrais aussi parler de la vieille garde comme GIMP ou Inkscape, qui ont acquis une mauvaise réputation mais qui ont reçus de très nombreuses mises à jour.
Avec Linux et les outils libres, il ne faut pas s’attendre à une expérience soignée et parfaitement clé-en-main dans un seul logiciel qui gère tout. En général, on va plutôt retrouver une galaxie de petits logiciels qui font que quelques trucs, mais qui le font bien, et c’est à l’utilisateur de prendre le temps de comprendre les outils et trouver son workflow.
Faire du montage vidéo sous Linux
Oui, on peut faire du montage vidéo sous Linux. Si Premiere Pro ne fonctionne pas sous Linux pour des raisons déjà évoquées, DaVinci Resolve fonctionne parfaitement bien sous Linux, même si il est plus difficile à installer que sous Windows.
Pour des projets plus légers et des besoins moins professionnels, KdenLive et Shotcut, font très bien le boulot.
Faire de la musique sous Linux
Bon, on peut faire de la musique sous Linux, mais je vais pas faire comme si c’était agréable. L’ecosystème audio est notoirement connu pour être fermé et bordélique. Si il est possible de faire marcher FL Studio en se prenant la tête, ça sera beaucoup plus compliqué pour Ableton.
Il existe des DAWs complets et professionnels comme Bitwig Studio, par des anciens de Ableton, Renoise ou Reaper qui sont compatibles avec Linux. Le problème, c’est que très peu de VSTs le sont et il faut espérer qu’ils fonctionneront correctement avec Wine.
Après, si on est prêts à sortir des sentiers battus et à tracer son propre chemin, on peut tout à fait s’y retrouver.
À quoi s’attendre ?
Pour que tout fonctionne comme il faut, des développeurs bénévoles passent des années à devoir faire de la rétro-ingénierie pour faire marcher des trucs qui ne devraient pas marcher. Linux, c’est principalement de la passion et de la sorcellerie d’assez haut niveau.
Ce que ça veut dire, c’est que vous allez globalement passer un bon moment, mais il y aura des petits problèmes. Comme sur Windows, en fait. Mais pour une raison assez inexplicable, on tiens les logiciels libres à des standards beaucoup plus élevés que Windows, parce que c’est le démon que l’on connaît.
La qualité de votre expérience va être beaucoup définie par votre hardware, c’est à dire votre ordinateur et ses composants. Certains fabricants, comme Realtek ou Nvidia, sont connus pour mettre des batons dans les roues des développeurs de l’écosystème Linux. Au contraire, d’autres entreprises comme AMD ou Framework collaborent activement avec la communauté.
Si vous avez des soucis, c’est probablement pas parce qu’un vieux libriste a fait une connerie ou mal fait son job, mais parce que quelque part, dans une tour en Californie, des mecs considèrent qu’ils n’ont de comptes à rendre à personne et nous prennent pour des demeurés qui n’ont pas envie de réfléchir, et on ne peut que leur dire d’aller se faire enculer.
Alors je sais bien que tout le monde n’as pas le temps ou l’énergie de s’intéresser à tout ça. Dans le monde moderne, être en capacité de fournir le moindre effort sans satisfaction immédiate derrière est un privilège immense. Il y a beaucoup de choses plus importantes dans la vie et de toute manière, si on veut mettre à terme à toute cette farce, c’est en s’organisant et en agissant politiquement. En attendant, combien de temps est-ce que tu vas encore accepté d’être humilié de cette manière?
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